Mise en forme conditionnelle Excel et graphiques

Un tableau de chiffres exacts qu’on ne peut pas lire ne sert à rien. C’est le sujet de cet article : rendre visible ce que les données disent déjà.

Deux outils pour ça, et ils fonctionnent ensemble. La mise en forme conditionnelle colore les cellules selon leur contenu, sans intervention manuelle. Le graphique donne la forme d’ensemble que le tableau ne montre pas.

Les deux souffrent du même excès : trop de couleurs, trop d’effets, et le message disparaît sous la décoration. La règle tient en une phrase — si tout est mis en évidence, rien ne l’est.

Le principe de la mise en forme conditionnelle

Vous ne colorez pas des cellules. Vous posez une règle qui s’applique automatiquement, et qui se réévalue à chaque modification.

Tout se trouve dans Accueil → Mise en forme conditionnelle, avec cinq familles de règles :

Règles de mise en surbrillance — supérieur à, inférieur à, entre, égal à, contient, dates. Le cas le plus courant.

Règles des valeurs plus/moins élevées — les 10 premiers, les 10 % supérieurs, au-dessus de la moyenne. Utile pour un classement sans avoir à trier.

Barres de données — une barre horizontale proportionnelle à l’intérieur de la cellule. C’est le meilleur rapport lisibilité/effort de tout Excel : la comparaison est immédiate, et le chiffre reste visible.

Nuances de couleurs — un dégradé sur toute la plage. Efficace sur une matrice, illisible sur une colonne longue.

Jeux d’icônes — flèches, feux tricolores, symboles. À manier avec parcimonie : trois icônes suffisent, cinq deviennent du bruit.

Ces règles s’appliquent à la sélection au moment où vous les créez. Sélectionnez donc toute la plage concernée avant d’ouvrir le menu — l’ajuster après coup demande de repasser par le gestionnaire de règles.

Les fichiers d’exercice

Les deux classeurs, avec corrigés sur feuilles séparées.

Bulletin de notes : fonctions et MFC ensemble

L’exercice du bulletin de notes réunit ce qui va toujours ensemble : on calcule d’abord, on met en évidence ensuite.

MOYENNE, MIN et MAX donnent les indicateurs. SI attribue la mention. La mise en forme conditionnelle fait ressortir les notes sous la barre.

Le réglage type : sélectionnez la plage de notes, puis Règles de mise en surbrillance → Inférieur à → 10, avec un remplissage rouge clair. Toute note saisie ensuite se colore seule.

Un point de méthode qui compte. Ne colorez qu’une seule chose par tableau. Sur un bulletin, les notes insuffisantes suffisent. Ajouter du vert sur les bonnes notes, de l’orange sur les moyennes, et vous obtenez un sapin de Noël où l’œil ne sait plus où se poser.

Le contraste doit rester lisible en noir et blanc — beaucoup de documents finissent imprimés sur une photocopieuse monochrome. Testez avec l’aperçu avant impression.

Colorer une ligne entière : la règle par formule

C’est la fonctionnalité la plus utile et la moins connue. Elle mérite un détour, parce qu’elle change ce qu’on peut faire avec l’outil.

Toutes les règles précédentes évaluent la cellule sur elle-même. Une règle par formule évalue autre chose et applique la couleur là où vous voulez. C’est ce qui permet de colorer une ligne complète selon la valeur d’une seule de ses colonnes.

Sélectionnez toute la plage de données, puis Mise en forme conditionnelle → Nouvelle règle → Utiliser une formule.

=$D2="Urgent"

Toute la ligne se colore quand la colonne D contient « Urgent ».

Trois règles à respecter, dans l’ordre :

Le $ devant la colonne est obligatoire. $D bloque la colonne, la ligne reste libre : chaque ligne teste sa propre valeur en D. Sans le dollar, le test se décale colonne par colonne et le résultat est incohérent.

Le numéro de ligne doit correspondre à la première ligne de votre sélection. Si votre plage commence en ligne 2, écrivez $D2. Excel décale ensuite tout seul.

La formule doit renvoyer VRAI ou FAUX. Rien d’autre.

Quelques variantes utiles :

ObjectifFormule
Colorer les lignes paires=MOD(LIGNE();2)=0
Repérer les doublons=NB.SI($A:$A;$A2)>1
Signaler une date dépassée=$E2<AUJOURDHUI()
Marquer les cellules vides=$B2=""

Une fois cette mécanique comprise, la mise en forme conditionnelle devient un vrai outil de pilotage plutôt qu’un gadget de coloriage.

Gérer et nettoyer les règles

Mise en forme conditionnelle → Gérer les règles ouvre la liste des règles actives. Réglez l’affichage sur Cette feuille pour toutes les voir.

Deux points à surveiller sur un fichier qui vit depuis un moment.

L’ordre compte. Les règles s’appliquent de haut en bas. Une règle placée en premier peut annuler celle du dessous. La case Arrêter si Vrai interrompt l’évaluation quand la règle est vérifiée.

Les règles se dupliquent toutes seules. Copier-coller des lignes fragmente les plages, et vous vous retrouvez avec quarante règles identiques sur des plages voisines. Le fichier ralentit sans raison apparente. Le remède : Effacer les règles de la feuille entière, puis recréer proprement sur la bonne plage. Prenez ce réflexe dès que le gestionnaire affiche plus d’une dizaine de règles.

Garage de France : l’exercice complet

L’exercice du garage enchaîne toute la séquence : calculs, mise en forme conditionnelle, puis graphiques. C’est le format d’un vrai livrable, pas d’une démonstration isolée.

Le passage au graphique se fait par Insertion → Graphiques recommandés. Excel analyse la sélection et propose ce qui convient — le point de départ le plus rapide, et souvent le bon.

Le choix du type dépend de la question posée, pas du rendu :

QuestionGraphique
Comparer des catégoriesBarres ou colonnes
Suivre une évolution dans le tempsCourbes
Montrer une répartitionSecteurs, cinq parts maximum
Croiser deux variablesNuage de points

Le secteur est le plus utilisé et le plus mal utilisé. Au-delà de cinq parts, l’œil ne compare plus rien. Un graphique en barres trié par ordre décroissant dit la même chose et se lit instantanément.

Trois réglages qui séparent un graphique lisible d’un graphique brouillon :

Supprimez le quadrillage et la légende quand une seule série est représentée. Le titre suffit.

Affichez les étiquettes de données plutôt que l’axe vertical, si les valeurs comptent plus que la tendance.

Triez les données avant de créer le graphique. Un histogramme dans l’ordre de saisie ne raconte rien, le même trié par valeur décroissante est immédiatement lisible.

Un dernier point : le graphique reste lié aux données. Modifiez une cellule, il se met à jour. Prenez donc l’habitude de le construire sur un tableau structuré (Ctrl + L) — les nouvelles lignes seront intégrées automatiquement.

Les erreurs les plus fréquentes

Colorer manuellement au lieu de poser une règle. Le format ne suit pas quand la valeur change, et vous finissez avec des couleurs qui mentent.

Empiler quatre règles sur la même plage. Le message se perd. Une règle, une information.

Oublier le dollar dans une règle par formule. La cause de 90 % des règles qui ne fonctionnent pas comme prévu.

Créer la règle avant de sélectionner la plage complète. L’ajuster ensuite oblige à repasser par le gestionnaire.

Faire un secteur avec douze parts. Passez en barres triées.

Étirer un graphique jusqu’à déformer les proportions. Une échelle qui ne démarre pas à zéro sur un histogramme exagère visuellement les écarts — c’est acceptable sur des courbes, discutable sur des barres.

Questions fréquentes

Comment copier une mise en forme conditionnelle sur une autre plage ? Le pinceau (Reproduire la mise en forme) copie les règles avec le reste. Vérifiez ensuite les plages dans le gestionnaire, elles se fragmentent facilement.

Peut-on utiliser la MFC sur un tableau croisé dynamique ? Oui. Dans les options de la règle, choisissez d’appliquer à tous les champs de même nature plutôt qu’à la sélection, pour que la règle survive à une actualisation.

Comment compter les cellules colorées par une MFC ? Aucune fonction ne lit la couleur. Comptez sur le critère qui a déclenché la règle : NB.SI avec la même condition.

Ma mise en forme conditionnelle ralentit le fichier. Trop de règles fragmentées, ou des formules volatiles comme MAINTENANT(). Nettoyez via le gestionnaire et recréez sur des plages continues.

Comment faire un graphique avec deux échelles différentes ? Sélectionnez une série, Mettre en forme la série de données, cochez Axe secondaire. Utile pour croiser un chiffre d’affaires et un taux de marge.