Fonction SI Excel : imbriquée, avec ET, OU et NB.SI

La fonction SI, c’est le moment où Excel arrête d’être une calculatrice et devient un outil de décision. Vous ne calculez plus un résultat, vous décrivez une règle : si telle condition est remplie, alors ceci, sinon cela.

C’est aussi la fonction sur laquelle je vois le plus d’acharnement inutile en formation. Des SI empilés sur sept niveaux, avec des parenthèses que plus personne ne sait fermer, alors qu’une seule ligne suffisait. La difficulté n’est jamais technique : elle vient de ce qu’on écrit la formule avant d’avoir formulé la règle en français.

Trois exercices ici, du plus simple au plus imbriqué. Les fichiers sont téléchargeables en fin d’article.

La syntaxe

=SI(test_logique ; valeur_si_vrai ; valeur_si_faux)

test_logique — une question à laquelle Excel répond par VRAI ou FAUX. B2>1000, C5="Payé", D3<>0.

valeur_si_vrai — ce qui s’affiche si la réponse est VRAI. Un texte entre guillemets, un nombre sans guillemets, une référence de cellule, ou un calcul complet.

valeur_si_faux — ce qui s’affiche sinon.

Les opérateurs disponibles : = égal, <> différent, > < >= <=. Le <> est peu connu et très utile.

Une seule règle de syntaxe à retenir : le texte va entre guillemets, les nombres non. "Validé" avec guillemets, 1500 sans. Écrire "1500" transforme le nombre en texte et casse tous les calculs qui suivent.

Les fichiers d’exercice

Les trois classeurs sont téléchargeables ici, avec les corrigés sur feuilles séparées.

Trois exercices pour poser les bases

Trois cas courts qui couvrent l’essentiel des usages : un test sur un nombre, un test sur du texte, et un SI qui renvoie un calcul plutôt qu’une valeur fixe.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il débloque beaucoup de situations. Rien n’oblige un SI à renvoyer un mot ou un chiffre figé :

=SI(B2>10000;B2*0,05;B2*0,02)

Le taux de commission dépend du chiffre d’affaires, et la formule fait le calcul dans la foulée. Une seule cellule, pas de colonne intermédiaire.

Le réflexe à prendre : avant d’écrire quoi que ce soit, énoncez la règle à voix haute en français. « Si le CA dépasse 10 000, la commission est de 5 %, sinon 2 %. » La phrase se traduit ensuite mot à mot. Ceux qui écrivent directement dans la barre de formule sont ceux qui s’y perdent.

Compter et cumuler sous condition : NB.SI et SOMME.SI

L’exercice de gestion des paiements met en scène le duo qui accompagne toujours la fonction SI. SI traite une ligne. NB.SI et SOMME.SI traitent une colonne entière.

=NB.SI(D2:D200;"Payé")

Combien de factures sont payées.

=SOMME.SI(D2:D200;"Payé";C2:C200)

Quel montant total elles représentent. L’ordre des arguments surprend au début : d’abord la plage où l’on teste, puis le critère, puis en dernier la plage à additionner.

Le critère accepte des opérateurs, à condition de les mettre entre guillemets avec la valeur :

ÉcritureCe qui est compté
"Payé"égal à Payé
">1000"supérieur à 1000
"<>Payé"différent de Payé
"*urgent*"contient le mot urgent
B2égal au contenu de B2

Ce dernier cas est celui qu’on utilise le plus : le critère pointe vers une cellule, ce qui rend le tableau de synthèse dynamique. Vous changez la valeur en B2, tous les comptages suivent.

Un piège classique : =NB.SI(D:D;"Payé") sur la colonne entière fonctionne, mais ralentit sensiblement un gros fichier. Bornez vos plages, ou travaillez sur un tableau structuré.

SI imbriqués et fonction ET

L’exercice des remises client introduit deux mécanismes qu’on confond souvent.

Imbriquer, c’est placer un SI dans le valeur_si_faux d’un autre SI. On teste en cascade :

=SI(B2>=50000;"Or";SI(B2>=20000;"Argent";"Bronze"))

Excel évalue de gauche à droite et s’arrête au premier VRAI. Conséquence directe : l’ordre des tests est déterminant. Commencez toujours par la condition la plus restrictive. Écrite dans l’autre sens, la formule classerait tout le monde en Argent, puisque 60 000 est bien supérieur à 20 000.

Combiner avec ET, c’est autre chose : on pose plusieurs conditions dans un seul test.

=SI(ET(B2>=20000;C2="Fidèle");"Remise 10%";"Remise 0%")

ET exige que toutes les conditions soient vraies. OU se contente d’une seule. Les deux acceptent jusqu’à 255 arguments, mais au-delà de trois ou quatre la formule devient illisible.

La distinction en une ligne : imbriquer = plusieurs réponses possibles. ET / OU = plusieurs conditions pour une même réponse. Beaucoup de formules monstrueuses viennent d’un imbriqué là où un ET suffisait.

La limite à ne pas franchir

Excel accepte 64 niveaux d’imbrication. Ce n’est pas une invitation.

Au-delà de trois niveaux, la formule devient impossible à relire, et surtout impossible à corriger : le jour où le barème change, il faut rouvrir la formule et compter les parenthèses. Personne ne le fait correctement.

Trois niveaux ou plus : sortez le barème du code.

Mettez-le dans une table à part, et allez le chercher :

=RECHERCHEV(B2;T_Bareme;2;VRAI)

Le barème devient une donnée visible, modifiable par n’importe qui, sans toucher à une seule formule. C’est plus rapide à écrire, plus rapide à recalculer, et ça se maintient tout seul.

Si vous êtes sur Microsoft 365, SI.CONDITIONS évite au moins l’empilement de parenthèses :

=SI.CONDITIONS(B2>=50000;"Or";B2>=20000;"Argent";VRAI;"Bronze")

Les conditions sont évaluées dans l’ordre, le VRAI final joue le rôle du « sinon ». Plus lisible, mais le barème reste dans le code — la table externe demeure la meilleure option dès que les valeurs sont susceptibles de changer.

Les erreurs qui reviennent le plus

Des guillemets sur un nombre. =SI(B2>1000;"500";"0") renvoie du texte. La somme de cette colonne donnera zéro, et vous chercherez longtemps.

Un espace dans le texte testé. C2="Payé " avec un espace final ne trouvera jamais rien. Utilisez SUPPRESPACE() sur les colonnes issues d’un import.

Confondre = et <>. Le <> signifie « différent de ». Il évite souvent une double négation illisible.

Oublier le troisième argument. =SI(B2>1000;"OK") renvoie FAUX quand la condition n’est pas remplie. Écrivez "") pour une cellule vide.

Tester une cellule vide avec ="". Ça fonctionne, mais =ESTVIDE(B2) est plus fiable, notamment quand la cellule contient une formule renvoyant du vide.

Empiler les SI sans écrire la règle d’abord. La cause de 90 % des formules qui ne fonctionnent pas.

Questions fréquentes

Quelle différence entre SI et SI.CONDITIONS ? Le résultat est identique. SI.CONDITIONS supprime l’empilement de parenthèses et n’existe qu’à partir de Microsoft 365 et Excel 2019. Un fichier qui l’utilise renvoie #NOM? sur une version antérieure.

Combien de SI peut-on imbriquer ? 64 techniquement. Trois en pratique. Au-delà, passez par une table de correspondance.

Comment faire un SI avec plusieurs conditions ? ET si toutes doivent être vraies, OU s’il suffit d’une seule. Les deux s’écrivent à l’intérieur du test logique du SI.

Ma formule renvoie #VALEUR!, pourquoi ? Vous comparez un texte à un nombre, ou vous faites un calcul sur une cellule contenant du texte. Vérifiez le contenu réel des cellules testées.

Peut-on colorer une cellule avec un SI ? Non, une formule ne modifie que le contenu. La couleur relève de la mise en forme conditionnelle, qui utilise les mêmes tests logiques.